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Ma maison sera courte, trapue, grise sous le ciel de pluie, toute pelucheuse de brume quand une éclaboussure de lune ou de soleil fera luire ses vitrages comme des écailles, elle aura l'air – un peu – d'un poisson de pierre et de bois. 
Je sais où elle m’attend : à l’ouest du nord, au nord de l’ouest là où cavale la houle verte, longue, souple, secouant ses crinières d’écume. 


Enchâssée dans le granit et la bruyère, ma maison sentira le goémon, la laisse de basse mer, le sel chaud, la voile cachoutée, le bois vernis, le pétrole lampant des lampes à cardan, le pain noir, la vareuse bleue encore gavée de mer – l’odeur océane qui sera pour moi, toujours, celle du bonheur.

 

 

 

 

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La pièce la plus étonnante de ma maison sera la rêvothèque, sorte d’antichambre où, comme son nom l’indique, chacun pourra venir y choisir de quoi nourrir ses rêves de la nuit – il suffira, dans ma rêvothèque, de goûter quelques lignes d’un livre, quelques images d’un film, deux ou trois notes de musique, la saveur d’un vin, d’une figue ou d’une huître, pour que le rêve commence à s’épanouir. 

 

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Une autre pièce, plus intrigante celle là, sera la salle d’eau avec sa baignoire au pourtour hérissé d’un nombre extravagant de robinets, chacun servant à faire couler des bains constitués d’eaux d’origines diverses – l’eau de torrent (la plus tonique pour se réveiller le matin), l’eau d’océan Atlantique ou Pacifique, l’Adriatique ou l’Égéenne, ou ces eaux exotiques comme celle des îles Lofoten, ou encore l’eau glacée des Kerguelen que je me ferai livrer surtout pour le bonus que l’on vous donne avec : deux ou trois manchots empereurs pour jouer dans le bain.



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S’il vient un jour où ma maison et moi sommes un peu las de contempler les mêmes galets bleutés, d’entendre s’égosiller le même marchand de glaces et de voir sautiller les mêmes poux de mer dans la même frange de varech, alors j’ouvrirai grand la porte, et la mer entrera, et nous emportera, et je n’aurai plus qu’à mettre des voiles à ma maison pour en faire la plus belle chose – je crois – qui soit au monde : un bateau.

 

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 Texte de Didier DECOIN

 Didier Decoin, né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt , est un écrivain et scénariste français, récompensé du prix Goncourt en 1977 pour John l'Enfer. En 1995, il est élu à l'Académie Goncourt, au couvert de Jean Cayrol,

 

 

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C'est en compagnie de l'écrivain, Didier Decoin que je passe mes après midis à lire,

""Avec vue sur la mer ""

Enfant,  Didier Decoin a passé des vacances dans la Hague, au Nord du Cotentin. Il est tombé amoureux de cette région et a passé des années à y rechercher une maison. Il nous raconte joliment ses mésaventures immobilières, les péripéties inévitables liées aux travaux, les tempêtes, son jardin, les petits bonheurs du voisinage et des nourritures terrestres qu'offre ce pays normand battu par la mer et le vent."

Je vous souhaite à toutes une très bonne journée.

 

Bonnejournee286